Le bio, est-ce vraiment mieux ?

Le bio, est-ce vraiment mieux ? Regard scientifique sur les aliments biologiques

 Le Bio, est-ce vraiment mieux pour la santé ?

 

Par Naïm Savoie,

 

Les aliments bios sont perçus comme jouant tous ces rôles : promoteurs de la santé, pourvoyeurs de propriétés organoleptiques supérieures (ça goutte meilleur), réducteurs de l’empreinte écologique et protecteurs de la biodiversité. La demande mondiale est en croissance fulgurante, à la hausse de 20 à 25 % par année depuis 1990 (1). Quoi que toujours marginale, à seulement 2 % du marché agroalimentaire nord américain (2), cette situation a déclenché un engouement pour les produits bios, mais aussi un grand débat scientifique et idéologique sur la qualité versus la quantité des productions agricoles biologique et conventionnelle. Ce débat est discuté dans la présente revue d’un échantillon de littérature scientifique. L’humble opinion de l’auteur est exprimée en conclusion.

La complexité des systèmes agricoles et la large quantité de facteurs déterminants de la santé humaine rendent l’analyse de cette question des plus difficile. Les études comparatives, pour la plus part, ne montrent pas que les aliments bios sont plus nutritifs ou préventifs de la maladie que les aliments conventionnels3,4. La corrélation semble plutôt inverse ; ce sont les gens soucieux de leur santé et c’eux qui prennent soin de leur alimentation qui gravitent vers les aliments bios (5,6). Par contre, un consensus clair se dessine : l’agriculture biologique est plus favorable à la biodiversité et à la santé environnementale1, alors que l’agriculture conventionnelle, quant à elle, donne habituellement un plus grand rendements à l’hectare1, mais il y a de nombreuses nuances à explorer.

Plusieurs études ont exposées une plus haute teneur en vitamine C, en fer et en magnésium dans les aliments bios (7). Le problème est que ces différences ne sont pas généralisables, elles sont circonstancielles et limitées à certains grains, fruits et légumes (8). De toutes façons, les populations occidentales ne démontrent pas de carences sérieuses en ces nutriments (4). C’est plutôt au chapitre des antioxydants comme les polyphénols, les acides phénoliques et autres métabolites secondaires que les aliments bios se démarquent (9). Plusieurs fruits et légumes bios contiennent considérablement plus d’antioxydants polyphénoliques que leurs équivalents conventionnels (1), ce qui pourrait être due à leur plus grande exposition à des stress oxydatifs comme les pestes et les maladies (1). Malheureusement, on n’observe pas de corrélation claire entre la consommation d’aliments bios et la concentration sanguine d’antioxydants chez l’humain (10). En vérité, en ce qui concerne les végétaux, et ce sur des critères strictement nutritionnels, il est plus important d’en consommer suffisamment et de choisir les espèces les plus bénéfiques que d’opter nécessairement pour les produits bios, surtout si comme pour plusieurs le budget est restreint, car ces derniers sont souvent plus chers, surtout quand il sont importés.

Pour les viandes et substituts, le focus semble moins nutritionnel qu’environnemental et toxicologique. Plusieurs personnes choisissent les aliments bios par crainte d’être exposés aux pesticides et autres contaminants résiduels comme les métaux lourds, les hormones de croissance et les antibiotiques, ou alors aux préservatifs comme les nitrates qui sont réputés être abondants dans les produits animales d’élevages conventionnels. Les produits bios réduisent presque à zéro la probabilité d’être exposé à ces agents néfastes (11), mais cette probabilité est déjà faible d’après Santé Canada. En effet, 99,3 % des aliments testés sont en dessous des seuils canadiens acceptables pour les contaminants résiduels agricoles (qui sont stricte par rapport aux standards internationaux), et seulement 20 % en contiennent à des niveaux détectables. Cela dit, seulement 20% des aliments étaient testés avant les coupures du gouvernement Harper dans l’agence canadienne d’inspection des aliments qui n’ont pas été restaurés par les libéraux.

Certains disent que les produits bios gouttent meilleurs. Une série de dégustations comparatives à double insu effectués en 2007 par l’auteur ne supporte pas cette hypothèse (p > 0,05) (information non publiée). On rapporte souvent que certains fruits et légumes bios, comme les pommes et les carottes, sont plus sucrées que les conventionnels. D’après Hélène Baribeau, nutritionniste qui s’intéresse aux aliments bios, cette caractéristique serait due à une plus faible concentration en eau des produits bios, qui ont souvent une taille réduite mais une concentration des sucres dans la matière sèche similaire aux produits conventionnels (4). Mon expérience est que, en effet, pour la majorité des aliments, ça goutte meilleur.

Il semblerait que les produits bios n’offrent que peu d’avantages pour la santé, mais la santé de l’humain n’existe pas dans un vacuum indépendant de la santé de son écosystème et de sa situation géopolitique. À ce chapitre, l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse associée à l’agriculture conventionnelle augmente habituellement le volume de production entre 15 et 60 % (1), et semble ainsi contribuer positivement à la sécurité alimentaire mondiale. Par contre, pour le producteur, cette augmentation est souvent annulée par des coûts initiaux plus élevés et une valeur réduite des produits (1). Pour le consommateur, cela garde le coût des aliments artificiellement bas et impose à tous les coûts cachés de l’accélération de la détérioration de environnement, l’érosion, l’appauvrissement des sols, l’eutrophisation des lacs, la pollution de l’air, l’eau, le sol, la déforestation, la réduction de la biodiversité, etc…(11). Il faut choisir le bio pour encourager l’économie verte, dit on. Déterminer à quel point l’agriculture biologique est plus écologique serait un autre dossier. Ici je parle surtout de valeurs nutritives et de valeurs économiques. Le bio coute plus cher, mais il rapporte souvent plus au producteurs aussi.

En conclusion, on peut choisir le bio, ne serait-ce que pour des questions d’éthique environnementale ou parce que on préfère le goût, en sachant que cela a peu d’impact direct sur l’état nutritionnel. En ce qui concerne l’utilisation de carburants fossiles et la production de gaz à effets de serre, il serait plus urgent d’acheter local et de réduire sa consommation de viande que de choisir le bio à tout prix (11), mais pour le bien de l’économie, la souveraineté et la sécurité agroalimentaires québécoises, il serait bon d’encourager les producteurs bios d’ici. L’agriculture biologique, dans sa définition la plus simple de l’absence d’intrants de synthèse chimiques, n’est pas nouvelle; elle est vieille d’environs dix milles ans. Nous savons qu’elle est viable à long terme et qu’elle produit des aliments de qualité. Pourquoi le fardeau de la preuve repose t’il sur elle ? Il faut renverser la question : l’agriculture industrielle à grande échelle de la révolution verte qui domine depuis plus d’un demi siècle, entrainant l’exode rurale et l’explosion des cycles de nutriments, ainsi que tous les impacts écologiques mentionnés plus haut, est-ce vraiment responsable, est-ce vraiment mieux ? Le bio, est-ce vraiment mieux ? — oui.

 

Références

1. Lotter, W.D. 2003. Organic agriculture. Journal of Sustainable Agriculture: 21(4 ), 59-128.

2. Winter CK, Davis SF. 2006. Organic foods. Journal of Food Science: 71(9), 117-124.

3. Williams CM. 2002. Nutritional quality of organic food: shades of grey or shades of green? Cambridge University Press, Cambridge UK, Proceedings of the Nutrition Society: 61, 19-24.

4. Magkos F, Arvaniti F, Zampelas A. 2003. Organic food: nutritious food or food for thought? A review of the evidence. International Journal of Food Sciences and Nutrition: 54(5), 357-371.

5. Huang CL. 1996. Consumer preferences and attitudes towards organically grown produce. European review of agricultural economics: 23(3), 331-342.

6. McCluskey JJ. 2000. A game theoretic approach to organic foods: an analysis of asymmetric information and policy. Agricultural and Resource Economic Review: 21(1), 1-9.

7. Schuphan W. 1974. Nutritional value of crops as influenced by organic and inorganic fertilizer treatment. Plant Foods For Human Nutrition: 13(4), 333-358.

 

8. Worthington V. 2001. Nutritional quality of organic versus conventional fruits, vegetables, and grains. Journal of Alternative Complementary Medecine: 7(2), 161-73.

9. Baxter GJ, Graham AB, Lawrence JR, Wiles D, Paterson JR. 2001. Salicylic acid in soups prepared from organically and non-organically grown vegetables. Eur J Nutr. 40(6), 289-92.

10. Caris-Veyrat C, Amiot MJ, Tyssandier V, Grasselly D, Buret M, Mikolajczak M, Guilland JC, Bouteloup-Demange C, Borel P. 2004. Influence of organic versus conventional agricultural practice on the antioxidant microconstituent content of tomatoes and derived purees; consequences on antioxidant plasma status in humans. Journal of Agricultural and Food Chemistry: 52(21), 6503-9.

11. Horrigan LR, Lawrence RS, Walker P. 2002. How sustainable agriculture can address the environmental and human health harms of industrial agriculture.

USA Environmental Health Perspectives: 110 (5), 445-456.

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